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    En 2003, très peu de familles étaient sorties du centre d'hébergement, en revanche pour l'année 2004 nous avons hébergé 17 familles, 17 femmes et 46 enfants et 11 familles ont quitté le centre d'hébergement.

    La durée moyenne de l'hébergement a été d'un peu plus de 13 mois, le séjour le plus court étant de 1 mois et le plus long de 29 mois.

    Durant les années 2003-2004, nous avons eu à gérer deux situations pour lesquelles il a été particulièrement difficile de travailler avec les femmes. Elles sont restées à FIL, en dehors de tout contrat, refusant l'aide que nous pouvions leur apporter et refusant également de quitter le centre d'hébergement.

    De plus, ce sont deux situations où nous avons été amenées à faire des signalements auprès du juge pour enfants, ceux-ci n'ont donné lieu à aucune mesure. Dans une des familles en question, nous avons été confrontées à un garçon de 13 ans, déscolarisé, très violent tant avec sa mère et sa sœur qu'avec le voisinage, pour lequel aucune mesure n'a été prise, malgré les demandes d'aides de sa mère, les interventions de la police, et nos signalements. Lorsqu'ils ont quitté le centre d'hébergement, ce jeune n'était plus scolarisé depuis 2 ans, était confié à son père mais vivait en permanence chez sa mère, des décisions ont été prises sur le plan juridique et social mais n'ont jamais été appliquées.

    Une des familles hébergée dans le cadre de l'extension CHRS pour les demandeurs d'asile, arrivée en 2002, a quitté le centre d'hébergement en 2004, ayant épuisé tous les recours administratifs, nous avons dû demander à cette dame et ses 3 enfants de quitter le centre d'hébergement en lui proposant notre aide dans la recherche d'une solution légale. Le laps de temps laissé à Madame pour considérer d'autres projets, a été particulièrement difficile à vivre pour elle dans la mesure où il lui était absolument impossible d'envisager de rentrer dans son pays d'origine, elle s'accrochait de manière désespérée à une hypothétique chance que quelque chose puisse évoluer et qu'elle obtienne enfin un droit au séjour en France.

    De plus, en comparaison avec d'autres centres d'hébergement n'ayant pas le même fonctionnement, la position de FIL était vécue comme particulièrement injuste, même si cette position avait été clairement énoncée à l'arrivée de Madame.

    Nous avons pu constater encore plus fortement à cette occasion, l'importance qu'il y ait un contrat comme pour les autres dames du centre d'hébergement, du moins un engagement , signé par les 2 parties et définissant de manière très claire le moment où l'hébergement prendrait fin, qu'il y ait eu ou non l'obtention de papiers. Nous réfléchissons donc à la rédaction et à la mise en place d'un tel outil.

    A la suite de ce départ nous avons accueilli en novembre une jeune femme avec ses 4 enfants.

    Dans le cadre de ces extensions CHRS, nous hébergeons toujours 2 familles. En 2004 elles étaient composées de 2 femmes et 5 enfants. L'une des familles est arrivée en mars 2004, elle vient d'Azerbaïdjan, l'autre est arrivée en novembre 2004, elle est Zaïroise.

    Un travail post hébergement est possible avec toutes les femmes qui le demandent. En 2004 ce fut le cas de manière très conséquente pour quelques unes d'entre-elles, qui avaient particulièrement des difficultés pour s'adresser aux services extérieurs. Petit à petit cela à pu se mettre en place mais ces personnes avaient toujours besoin de s'assurer que FIL était bien là en soutien. De plus pour les difficultés en lien avec leur problématique de violence, il leur paraît plus simple de se rendre dans l'association qui connaît leur histoire, où elles ont pu tester la confiance et l'intérêt qui est porté à ce qui est dit et fait.

    Notre centre d'hébergement est constitué d'appartements éclatés, répartis sur la commune de Saint-Fons, cette structure entraîne que les femmes ne se rencontrent jamais, ne se connaissent pas si nous ne proposons rien de collectif. Nous avons donc créé un groupe avec ces femmes. En effet, nous leurs avons proposé de se rencontrer 1 fois tous les 15 jours. Afin de tenir compte de l'emploi du temps de chacune, nous faisions ce groupe de 18h à 19h30 et pour qu'elles puissent avoir l'esprit tranquille nous faisions garder les enfants chez elle par des nourrices agrées.

    Ce groupe avait plusieurs buts :

    • Aider les femmes à sortir de l'isolement dû à la violence vécue et pour certaines au changement de lieu de vie.
    • Encourager la parole, entendre les autres parler de situations semblables à celles auxquelles elles ont pu être confrontées car cela peut faciliter les discussions, qu'ainsi les personnes se comprennent à demi mot,et qu'il n'est pas nécessaire de donner trop de détails pour se faire comprendre.
    • Favoriser la communication, l'information. Chacune peut faire bénéficier l'autre de son expérience, de ses réflexions.

    C'est un lieu ressource où chacune peut amener et recevoir, c'est un lieu où elles évoluent en confiance, rencontrent l'autre et se confient. Le contenu des séances est confidentiel et nous avons fait le choix qu'il soit toujours animé par les deux même personnes, à savoir les éducatrices du centre d'hébergement, présentes uniquement pour garantir le cadre, le contenu étant amené par les femmes elles-mêmes sans sujet tabou.

    Durant l'année 2004 ce groupe a fonctionné de manière très régulière. Les femmes ont très vite adhéré, même si la parole ne s'est pas libérée tout de suite, elles étaient présentes et ont appris à se connaître, ce qui a pu donner par la suite des échanges particulièrement intéressants, sur des sujets très divers.

    Dans le cadre de ce groupe nous avons reçu des travailleurs sociaux de la CAF de Lyon avec lesquels les femmes ont pu parler des situations auxquelles elles étaient confrontées. A la demande des personnes participant au groupe, nous avons fait intervenir une esthéticienne, cette séance où toutes les femmes hébergées étaient présentes a été particulièrement riche sur l'image de soi : aussi bien sur l'image que l'on a de soi, que celle qu'on veut donner de soi, en prenant conscience des stratégies adoptées par chacune dans ce contexte.

    Les femmes se sont bien investies dans ce groupe, et par la suite certaines l'attendaient avec beaucoup d'impatience. Les comportements étaient très divers mais après plusieurs séances nous avons pu observer une certaine solidarité se mettre en place, avec des rencontres entre-elles, des petits services rendus (garde des enfants, coiffure…) en fonction de leurs affinités.

    Les rencontres régulières de ce groupe ont permis une connaissance accrue des femmes par les éducatrices et des éducatrices par les femmes. On a pu alors observer le développement d'une confiance qui a permis une vraie continuité dans le travail lors de l'absence de l'une ou l'autre des éducatrices référentes des femmes hébergées. Nous étions dans la capacité d'avoir une réelle continuité dans le travail engagé. De plus, l'absence de l'éducatrice référente n'engendrait pas de stress supplémentaire pour les femmes.

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