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    Durant l'année 2004, nous avons assuré de manière très régulière 4 permanences par semaine, à savoir : les mardis et jeudis matin à Saint-Fons, les lundis matin à la mairie du 9 ème arrondissement et les vendredis matin à la mairie du 5 ème arrondissement de Lyon. La permanence de la mairie du 8 ème n'a été assurée d'une manière constante qu'à partir de novembre 2004 et sur l'année 2005.

    Durant ces permanences nous avons reçu 1200 femmes, originaires de toute la France, les permanences à FIL étant toujours plus fréquentées que les permanences en mairie. Ces femmes viennent en majorité pour faire des demandes d'hébergement, voire des demandes d'hébergement d'urgence. Nous sommes trop souvent confrontées au manque de place, ce qui oblige les femmes à accepter de tout quitter sur Lyon et à partir dans une autre région, soit à rester au domicile dans des conditions difficiles.

    Nous avons utilisé à de nombreuses reprises le réseau de la Fédération Nationale Solidarité Femmes pour des demandes d'hébergement ne pouvant être satisfaites sur Lyon. Plusieurs femmes ont pu trouver une solution par ce biais, mais nous devons aussi accepter quelquefois des femmes d'autres régions afin que le système puisse fonctionner, même si nous avons déjà beaucoup à faire avec les demandes de Lyon et sa proche banlieue.

    La motivation pour quitter Lyon n'est pas toujours du même ordre. En effet, pour certaines personnes cela représente leur unique solution afin d'estomper les effets de la violence de leur conjoint sur leur propre vie et la vie de leurs enfants et de repartir sur une voie nouvelle. Pour d'autres, c'est un impératif de survie, les menaces de mort peuvent être réelles, et elles ne se sentent absolument pas protégées ni par la police ni par la justice. Dans ce cas, l'éloignement est vécu comme une nouvelle injustice, elles sont victimes de violence, rarement reconnues en tant que telles, mais acculées à tout quitter, amis, famille, parfois même travail pour pouvoir enfin reprendre une vie apaisée.

    Pour quelques femmes, le fait de quitter Lyon n'est pas vécu comme problématique. « L'important est que je puisse vivre tranquille, peu m'importe où ». De plus, elles peuvent penser qu'être éloignées du lieu de la violence les aidera à « oublier ».

    Si la première demande est l'hébergement, la deuxième est l'écoute. Les femmes ont un grand besoin de parler de ce qui leur arrive, à la fois pour s'assurer que cela n'est pas normal, et aussi pour comprendre et trouver des solutions. Elles trouvent dans une association comme la nôtre, une écoute bienveillante et constructive.

    Elles disent souvent ne pas pouvoir parler à d'autres personnes par peur de ne pas être crues ou comprises, par peur du jugement « alors pourquoi tu restes ? », « on t'avait bien dit de ne pas te marier avec lui » ou par peur de mettre les autres dans l'embarras.

    De plus, si nous savons que l'isolement des femmes peut faire partie de la stratégie des hommes violents, nous pouvons remarquer qu'il est de plus en plus marqué et associé à d'autres problématiques sociales. Pour de nombreuses femmes que nous rencontrons il n'existe plus aucun lien avec quiconque, c'est ainsi que nous voyons des femmes passer à FIL, juste pour pouvoir parler à quelqu'un au moins 1 fois par jour, même si ce n'est que pour dire « bonjour », certaines femmes sont présentes à bon nombre de permanences par peur d'être oubliées.

    L'an dernier, nous avions déjà remarqué une dégradation dans l'aspect psychologique des femmes que nous recevions. Cette dégradation s'est largement confirmée cette année. Nous sommes de plus en plus souvent confrontées à des personnes cumulant des problèmes psychologiques ou psychiatriques auxquels est venue s'ajouter la problématique de la violence, ces personnes demandent une écoute particulière et il est très difficile de trouver des solutions adaptées ou des relais.

    Nous recevons aussi beaucoup de femmes cumulant le problème de la violence conjugale et le problème de papiers. Ces femmes sont d'autant plus fragilisées car elles sont dans un pays qu'elles ne connaissent pas forcément depuis très longtemps, dans tous les cas elles n'en connaissent pas les lois, parfois pas très bien la langue. Il leur faut plus de temps pour oser demander de l'aide, avec parfois la peur d'être renvoyées dans le pays d'origine. Elles ont le sentiment d'être coincées chez elles, si elles partent « trop tôt » elles n'auront pas de papiers, sans papiers, elles ne trouvent pas de place en centre d'hébergement et ne peuvent accéder au logement…Si elles osent partir, elles sont souvent confrontées à une très grande précarité, contraintes à être hébergées « à droite-à gauche » au gré des connaissances.

    En ce qui concerne les permanences dans les mairies d'arrondissement, nous avons pu remarquer que lorsqu'elles sont assurées de manière très régulière, elles représentent un réel atout pour le suivi de certaines femmes qui ne se déplaceraient pas jusque Saint-Fons. Cette année et notamment pour la permanence à la mairie du 5 ème arrondissement de Lyon, a pu se mettre en place de réels suivis avec une évolution certaine dans les situations des personnes accueillies. L'irrégularité permet de recevoir les femmes mais ne permet pas un travail aussi important. Si une femme ne peut venir à une permanence, soit parce qu'elle travaille, soit parce qu'au moment des permanences elle ne peut quitter la maison car son conjoint est présent, nous avons la possibilité de donner un rendez-vous, de manière à ce qu'il y ait une rencontre possible.

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